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Histoire succincte de la Médecine Traditionnelle
Chinoise et Vietnamienne


Tout commence par les travaux de Fu Xi, un personnage ayant vécu avant la toute première dynastie des empereurs chinois, la dynastie des Xia (2205 av. J.C.). Fu Xi est à l’origine de la conception du Yi Jing (le livre des mutations). Il a, entre autre, mis en évidence la fameuse loi d’engendrement connue en M.T.O. en observant comment fonctionne et évolue l’être humain et son environnement naturel. Plus tard ses observations seront formalisées en 5 fonctions principales appelées communément les 5 éléments.

Ces 5 éléments, ou mouvement (Wu Xing) synthétisent la quintessence de tous les processus de la vie manifestée. Prenons l’exemple d’une action quelconque dans son processus d’engendrement : elle débute  par une impulsion, ou le démarrage de l’action, puis elle se prolonge à travers une fonction de croissance, avant d’atteindre un résultat (sa fonction de production), et se termine par une décroissance avant son arrêt ou fin de l’action. Fu Xi met également l’accent dans son étude sur l’aspect inné du développement humain. Pour lui le potentiel de l’homme provient d’avant sa naissance.

A la même époque (antiquité), citons également Shennong qui écrivit le Bencao « le traité des matières médicinales », un recueil fondamental, base de la pharmacopée orientale ; le mythique Huang Di, l’empereur jaune, à qui on attribue le Huang Di Nei Jing, « classique interne de l’empereur jaune », un traité de médecine d’une énorme richesse, scindé en deux parties : le Su Wen traitant de la théorie et le Ling Shu de la pratique et citons également Yu Le Grand, premier monarque de la dynastie des Xia. Il apporte une suite logique au travail de Fu Xi consigné dans le Zhou Yi, et met en évidence le cycle de contrôle de ces 5 éléments (Wu Xing). A travers ce cycle il insiste sur l’acquis grâce à l’expérience. Ainsi l’inné et l’acquis sont en équilibre à travers les 5 fonctions principales.

Dans l’antiquité, la Chine, pas encore réunifiée telle que nous la connaissons, et le Vietnam (ethnie Viet) partage la même base de connaissance. Au Vietnam la Médecine traditionnelle sous la période Hung Vuong (2879 à 258 av. J.C.), verra évoluer progressivement l’acupuncture depuis l’apparition des aiguilles de bronze (Vi Cham) vers les aiguilles en or ou argent.

La Médecine traditionnelle Orientale se développe et les 5 fonctions sont rapportées aux 6 systèmes physio-énergétiques de l’être humain :

  • Le système nerveux central et neurovégétatif,
  • Le système cardio-vasculaire,
  • Le système digestif,
  • Le système respiratoire,
  •  Le système uro-génital,
  • Le système articulo-musculaire.

Vers le 5ème  siècle avant J.C. La médecine commence à se construire en corporation indépendante.

De nombreux médecins ont contribué à enrichir le patrimoine tant en Chine qu’au Vietnam. En voici les plus illustres :

  • Au Vietnam : sous la dynastie des rois Hung (2879 – 257 av. J.C.) à une époque dont la date exacte reste assez confuse, An Khy Sinh est cité dans les annales pour soigner en utilisant l’acupuncture et la moxibustion. De 179 à 938 le Vietnam est sous contrôle féodal Chinois. Beaucoup de médecins Chinois arrivent au Vietnam avec les seigneurs qu’ils soignent. De nombreuses connaissances en  phytothérapie vietnamienne sont importées et incorporées à la pharmacopée Chinoise. Les médecines Chinoises et Vietnamienne se mêlent et s’enrichissement mutuellement grâce à leurs échanges. La médecine vietnamienne conserve néanmoins son identité si particulière.
  • En Chine : nous retrouvons Bian Que (vers 430 à 350 av. J.C.) à qui on attribue un fameux traité  le Nan Jing (classique des difficultés) et la prise de pouls (Mo Fa).
  • Au Vietnam : sous le règne de Thuc An Duong-Vuong (257à 207 av. J.C.), les médecins de la cour soignent deux généraux atteints de tuberculose glandulaire. Sous les dynasties Ngo, Dinh, des Lê antérieurs et des Ly, la médecine traditionnelle vietnamienne ne cesse de progresser.
  • En Chine, Chunyu Yi (215 à 167 av. J.C.) qui laissa énormément de documents concernant ses patients : l’anamnèse, l’examen clinique, l’argumentaire diagnostique et la pathogénie, le pronostic, la justification du traitement. Il traitait entre autres : les angines, le lumbago, la cirrhose, la hernie inguinale, l’abcès péritonéal, la pyélonéphrite, la congestion pulmonaire, l’hémoptysie, la goutte, la paralysie progressive.
  • Hua To (entre 140 et 265), grand chirurgien de l’époque, on lui attribue la découverte de l’anesthésie (au chanvre indien par exemple) et les chirurgies abdominales : laparotomie, lithotomie, résections intestinales... Il est le premier à suturer. Il crée les Wu Qin Zhi XI, exercices de rééducation appelé Qi Gong des 5 animaux (le tigre, le cerf, l’ours, l’oiseau et le singe).
  • Zhang Zhongjing (150 à 219) qui rédigea le Shang Han Za Bing Lun « le traité des fièvres et diverses maladies » dont est extrait le Shang Han Lun « traité du froid nocif » qui décrit avec précision les symptômes des 12 méridiens.
  • Wang Shuhe (210 à 280), auteur du Mai Jing, le traité des pouls.
  • Huangfu Mi (215 à 282) rédige le Zhen Jiu Jia Yi Jing, un classique sur l’acupuncture.
  • Ge Hong, un Taoïste qui rédigea un traité de diététique le Bao Pu Zi Nei Pian, ainsi que deux traités de médecine, le Zhou Hou Bei Ji Fang « les prescriptions d’urgence» et le Jin Gui Yao Fang « les médications du coffre d’or ». C’est lui qui ouvre la voie au fameux Dao Yin, la discipline Taoïste de traitement par la respiration, l’acupressure et le mouvement.
  • Tao Hongjing, médecin taoïste, issus d’une famille d’érudits en pharmacopée, il chercha et rassembla pendant une grande partie de sa vie de nombreux textes Taoïstes médicaux. Il compléta la pharmacopée et fut l’instigateur d’une nouvelle classification des plantes. Il compléta les prescriptions d’urgence en y ajoutant 365 substances supplémentaires.
  • Zou Yan (vers 305-240 av. J.-C.) souligne l’importance de la théorie des Cinq éléments qui va se développer sous les Han. Il écrira le Zouzi «  Principe de succession des cinq vertus ».
  • Sous la dynastie de Sui (581) la médecine commence à s’organiser, et aboutira sous la dynastie des Tang (618) à la création du Grand Service Médical qui identifie, répertorie et traite de nombreuses maladies comme : le choléra, la tuberculose, la lèpre, la variole, la rougeole, la gale, la dysenterie, l’héméralopie, le béribéri, le rachitisme, le goitre, le diabète, les tumeurs, les maladies vénériennes... On opère de la cataracte, on réduit les fractures, et on traite les caries grâce au plombage.
  • Sun Simiao (581 à 682), un moine médecin très célèbre laissa plusieurs ouvrages, dont le Yin Hai Jing Wei « connaissance exhaustive de la mer d’argent » un traité d’ophtalmologie.

Citons également :

  • Qian Yi (1035 à 1117), un éminent pédiatre, qui traite la variole, la scarlatine, la rougeole, la varicelle.
  • Au Vietnam, Nguyen Chi Thanh en 1136 soigne le roi Ly Than Tong atteint de troubles mentaux, grâce à un traitement médicamenteux et à la psychothérapie. Sous la dynastie des Ly (1011 à 1223) le service des médecins royaux contribue à diffuser la médecine dans tout le royaume pour la rendre accessible.
  • En Chine Wong Wei Yi (début du 11ème siècle), rédigea un compendium d’acupuncture, et créa les premières statues localisant les points.
  • Song Ci (1188 -1249) rédige le Xi Yuan Ji Lu,  un ouvrage de médecine légal. Cette période connaitra une progression des sciences anatomiques grâce à de nouvelles dissections.
  • Hu Zheng Qi Huei (début du 14ème siècle), diététicien impérial qui décrivit les maladies carentielles et leurs traitements par une diététique spécifique. Il écrivit le Yinshanzhengyao un précis sur l’alimentation.
  • Au Vietnam : sous la dynastie des Tran (1224 à 1399), Trau Canh sauve des suites d’une noyade le prince Hao par l’acupuncture. C’est à cette époque qu’est fondée l’Institut des Médecins Royaux. Le recrutement se fait par examen. La culture des plantes médicinales pour l’Institut est mise en place à partir des montagnes Antu. Le Service de Santé Militaire cultive certaines plantes pour son propre usage à Vananduoc (province de Haï Duong).
  • En 1306, sous le règne du roi Tran Du Tong, différentes épidémies dans la région d’Hanoï sont enrayées par la distribution de plantes médicinales adéquates à la population. A cette époque, les pagodes servent de centre de soins médicaux pour la population, et chacune d’entre elles cultive des plantes médicinales pour son approvisionnement propre. Le Bonze Nguyen Batinh rédige le  Nam Duoc Than Hieu un compendium de pharmacopée répertoriant 399 substances. Il rédigea également 10 autres ouvrages spécialisés contenant 3932 prescriptions, traitant 182 maladies et syndromes généraux adapté à la population vietnamienne qui vit sous un climat tropical. En pédiatrie, il traite les enfants atteints de crise  convulsives aiguës. Nguyen Dai Nang rédige le célèbre  Cham Cuu Thiep Hieu Dien Ca, un traité complet d’acupuncture qui sera régulièrement  réédité jusqu’à nos jours.

Pendant la dynastie des Lê postérieurs (entre le 15ème et le 18ème siècle), la médecine et l’acupuncture connaissent un très grand développement grâce au « Thai Y Vien » le service de santé national. Ce dernier est chargé des études et du développement de la médecine. Le « Thai Y Vien » mettra en place les examens du doctorat de médecine (traditionnelle orientale). Un célèbre médecin de cette période, Nguyen Truc (15ème siècle), pédiatre, soigne par les massages et le réchauffement des points d’acupuncture.

En Chine nous retrouvons sous la dynastie des Mings :

  • Li Shizhen (1518 à 1593) qui rédigea Bencao Gangmu « le grand traité de matière médicale », un traité de pathologie et de thérapeutique ; précieux ouvrage contenant 30 ans de son expérience, qui fut traduit dans toutes les langues orientales.
  • Yang Jizhou, célèbre acupuncteur, auteur d’une encyclopédie d’acupuncture le Zhen Jiu Da Cheng.
  • Chen Yu Fa, qui s’illustre en rédigeant Chenshi Xiao’er Anmojing, un traité de massothérapie pédriatique.

Au Vietnam :

  • Hoang Don Hoa (16ème siècle), médecin qui utilisait la pharmacopée vietnamienne combiné à l’acupuncture et aux exercices respiratoires énergétiques.
  • Ly Cong Thuan (17ème siècle), rédigea le  Cham Cuu Thiep Hieu Phap  et le Cham Cuu Thu Huyet Do.

Nous terminerons avec l’un des plus célèbres : Haï Thuong Lan Ong Lê Huu Trac (1720- 1791), qui rédigea le fameux  Hai Thuong Y Tong Tam Linh « traité des connaissances médicales de Haï Thuong », en 28 tomes de 66 livres. De plus, il consigna tous ses cas cliniques et leurs traitements à l’intention de ses collègues et de la postérité dans deux ouvrages : Y Duong An Tap  et  Y Am An Tap  en indiquant le  niveau de réussite des traitements et ses commentaires.  Il réfuta certaines opinions trop vagues contenues dans les  « livres classiques » tout en apportant ses éclaircissements. Dans le 11ème livre  Ngoai Cam Thong Tri « traitement courant des maladies d’origine externes », il met l’accent sur l’importance de la différence climatique entre la Chine septentrionale et le Vietnam tropical pour le traitement des pathologies.

La Médecine Traditionnelle Orientale n’est pas figée et continue de progresser à l’heure actuelle. Tant au Vietnam qu’en Chine, les autorités sanitaires assurent une double tâche qui consiste à perpétuer leurs héritages médicaux ancestraux et à réaliser l’alliance de la Médecine Traditionnelle Orientale et de la Médecine Moderne pour améliorer l’efficacité et la qualité des traitements prodigués. Toutes les facultés de médecine moderne ont un département de médecine traditionnelle.